J'ai commencé avec un seul t-shirt. Aujourd'hui je délègue et je gagne moins.
Au début, BLYAAT c'était un t-shirt. Un seul.
Noir ou blanc, avec juste « BLYAAT » écrit dans le dos. Pas de collection, pas de catalogue, pas de plan sur trois ans. Un modèle, deux couleurs.
J'ai fait un maximum de communication dessus. Et ça a commencé à se vendre. Petit à petit.
Chaque euro est reparti dans la marque
Je n'ai rien sorti. Pas un centime.
Chaque vente repartait dans le stock suivant. Un nouveau textile, un nouveau visuel, une nouvelle référence. Puis une autre. Puis une autre.
De un article, je suis passé à une quinzaine. Un vrai catalogue, construit uniquement avec ce que la marque avait généré elle-même.
C'est lent. Mais tu ne dois rien à personne, et tu apprends le métier en le faisant.
Et je faisais absolument tout
Je commandais les textiles. J'imprimais les visuels en DTF, chez moi. Je découpais les films. Je pressais chaque pièce à la main. J'emballais, j'étiquetais, j'expédiais.
De la commande du blanc jusqu'au colis déposé au point relais, c'était moi.
Sur le papier, c'était le rêve. Aucun intermédiaire, aucune commission, 100 % du bénéfice dans ma poche.
Sauf que personne ne te dit ce que ça coûte vraiment.
Ce que ça coûte de tout faire soi-même
Ça ne coûte pas de l'argent. Ça coûte du temps, et le temps, tu ne peux pas en racheter.
Une commande, c'était : sortir le blanc du carton, lancer l'impression, attendre, découper, positionner, presser, vérifier, plier, emballer, étiqueter, expédier. Multiplie par le nombre de commandes.
Pendant ce temps-là, je ne tournais pas de vidéos. Je ne développais pas la marque. Je ne voyais pas grand monde.
Je suis créateur de contenu. Mon métier, c'est de créer. Et je passais mes journées à faire de la manutention.
Le pire, c'est que ça marchait. C'est exactement pour ça que c'était un piège : quand ça fonctionne, tu continues, parce que t'as l'impression que t'aurais tort d'arrêter.
Le calcul que j'ai fini par faire
Un jour j'ai posé les chiffres.
Si je délègue la confection, je perds environ 40 % de mon bénéfice. C'est énorme, dit comme ça. Sur chaque pièce vendue, presque la moitié de ce que je gagnais part chez quelqu'un d'autre.
Mais je récupère combien de temps ?
Assez pour tourner. Assez pour construire la marque au lieu de juste la faire tourner. Assez pour avoir une vie en dehors du carton et de la presse à chaud.
J'ai fait le choix du temps.
Comment je me suis organisé
Aujourd'hui, un atelier gère toute la partie confection : le textile, la sérigraphie, l'emballage individuel de chaque pièce.
Moi je garde ce qui touche au client : je réceptionne, je prépare les colis, j'étiquette, j'expédie. Je reste sur la dernière étape, celle où il y a un nom et une adresse en face.
C'est un équilibre. Je ne suis pas devenu un type qui appuie sur un bouton et attend que ça tombe. Mais je ne passe plus mes nuits à presser des t-shirts.
Et pourquoi je suis passé en drops
C'est venu naturellement.
Quand tu produis toi-même à la demande, tu peux vendre en continu. Quand tu passes par un atelier, tu produis en série, donc tu regroupes.
Alors autant en faire une force : une collection, une période courte, puis on ferme. Les pièces ne reviennent jamais. Tu ne produis que ce qui est vendu, tu n'as pas de stock qui dort, et chaque drop devient un événement au lieu d'être une boutique qui tourne dans le vide.
Ce qui était une contrainte est devenu le modèle.
Ce que je retiens
Gagner 100 % de quelque chose de petit, ce n'est pas mieux que gagner 60 % de quelque chose que tu peux faire grandir.
Pendant un an, j'ai été mon propre goulot d'étranglement. Tant que tout passait par mes mains, la marque ne pouvait pas dépasser ce que mes mains pouvaient produire.
Aujourd'hui je gagne moins par pièce. Mais j'ai le temps de construire, et la marque peut encaisser dix fois plus de commandes sans que je m'écroule.
Un t-shirt avec un nom écrit dans le dos. C'est de là que ça vient.